Photos : Christine Pelletier

© 2017 by Christine Pelletier Production

Ma composition se révèle au fur et à mesure que les éléments se fusionnent les uns dans les autres et que la finalité de l’œuvre prend sa place dans l’espace-temps. Tout ce que je lis et observe me pénètre et je les redonne en images passées par mes filtres d’expériences personnelles qui émergent de ce que la matière peut m’offrir. Le processus créatif ainsi que la démarche artistique qui m’habitent sont intimement liés à cet état précurseur, fusionnant en un seul bloc et, qui par la suite permet à l’œuvre de parler d’elle-même animée par ce désir situationnel et par son essence. Cette œuvre de laquelle je m’efface totalement, pour ne faire place qu’à elle seule.

My composition is revealed as the elements merge into one another and the finality of the work takes its place in space-time. Everything that I read and observes penetrates me and I restore them in images passed by my filters of personal experiences that emerge from what the material can offer me. The creative process as well as the artistic process that inhabit me are intimately linked to this precursor state, merging into a single block and which subsequently allows the work to speak of itself animated by this situational desire and by Its essence. This work from which I totally erase myself, to make room only for herself.

Georgia Italic est une police d'écriture élégante et délicate. Utilisez-la pour mettre en valeur certaines sections de vos paragraphes.

Au cœur de la matière pour créer sa vision du monde

 

La force de l'œuvre de Stéphane Marceau prend appui sur une relation complexe et intime avec la matière. La grande maîtrise des éléments constitutifs des matériaux qu'il utilise lui ouvre des perspectives et lui suggère des solutions qui viennent enrichir de manière significative son travail. 

 

Ses connaissances en chimie et en physique, sa familiarité avec les forces qui sont à l'œuvre dans la fusion des matériaux donne à son travail des assises incomparables pour fondre la matière et l'inscrire dans la direction et la signification qu'il veut donner à chaque toile. La matière change de vocation pour participer et collaborer à l'œuvre à réaliser. 

 

Plus encore, une partie des œuvres de l'artiste a mis à contribution l'environnement comme un facteur  qui intervient dans la création. Des toiles ont été créées sous la pluie, à la noirceur ou dans le froid et elles ont héritées de ces conditions une liberté et une impulsion qui entraînent la création dans des directions qui n'auraient pu être prévues. 

L'œuvre est alors la résultante d'un affrontement entre la matière et l'artiste qui a dû puiser au fond de lui l'énergie nécessaire pour matérialiser son idée. On ne peut pas comprendre les thèmes, les sujets où la technique de Marceau si on ignore le lien essentiel  qui lie l'artiste aux matériaux et à l'environnement.

Les œuvres comme terrain d'affrontement entre l'artiste et la matière lui ont permis de se donner un trait unique qui entraîne un contrôle total sur le matériau utilisé quelle qu'en soit la nature. Le trait qui en résulte obéit à un rythme et à une cadence qui marque chacune de ses toiles et qui constitue la signature de l'artiste. 

Ce geste se déploie presque toujours à partir d'une spatule très large ou d'un objet quelconque qui lui tombe sous la main et qui en est l'équivalent. Chaque trait vient ajouter une couche de matière qui s'intègre à la précédente et qui, par accumulation, construit une oeuvre picturale en trois dimensions plutôt qu'une toile qui dévoile son thème en largeur et hauteur seulement.
 

Ses œuvres ont une largeur, une hauteur et de manière étonnante, une profondeur physique observable qui n'est pas celle qu'on obtient avec la perspective ou avec l'usage de la lumière. L'observateur attentif peut découvrir la structure de l'œuvre à travers les couches successives qui la constituent. Ce relief n'origine pas d'un empâtement qui gonfle le médium utilisé. Il est celui d'un objet réel en trois dimensions.

Son travail l'inscrit comme un artiste totalement de son temps. La compréhension des techniques des maîtres de l'histoire de la peinture est enrichie par les moyens nouveaux mis à la disposition des créateurs d'aujourd'hui. Les secrets de l'art égyptien, des primitifs italiens et flamands ou des artistes de la modernité sont intégrés à son art. Ils sont magnifiés par des produits sophistiqués et ils font une place intéressante à l'usage des technologies de l'information.

Il n'y a pas d'ambiguïté dans l'œuvre de Marceau. Elle n'est aucunement passéiste. Il n'y a pas de fétichisme du passé chez lui. Outre le fait que cette maîtrise des techniques du passé élargit de manière significative ses moyens d'expression, elle le protège contre toute tentation de refaire ce qui a déjà été fait, sinon par ironie ou pour s'amuser. 

Le savoir-faire acquis lui permet de nuancer notablement le discours que portent ses œuvres et d'aborder tous les sujets qui lui sont proposés ou que sa curiosité lui suggère, comme un professionnel qui ne laisse rien au hasard. La liberté du créateur prend racine dans le calcul studieux de l'artisan qui ne néglige rien. 

Tout ce bagage d'expérience a été mis à contribution à l'occasion d'une commande des administrateurs de la Maison du poète Louis-Fréchette, à Lévis à l'été 2017. Il a abordé les thèmes tirés de l'histoire de cette région qu'on lui proposait et il leur a donné un traitement qui les placent en résonance avec notre époque.
 

L'accrochage des œuvres fut une grande réussite artistique et pédagogique. Les visiteurs locaux ont pu se réapproprier une parcelle de l'histoire de leur  coin de pays. Les visiteurs de passage y ont découvert un coin de pays qui surprend par sa richesse sociale et économique. Des classes d'élèves y ont reçu un cours d'histoire qui a passé par la médiation d'un art totalement contemporain. 

Par ailleurs, les œuvres de l'artiste qui questionnent notre époque forcent la réflexion par la mise à distance du sujet traité par rapport à l'actualité. La distanciation qu'elles imposent au spectateur permet à l'œuvre de nous parler du présent, mais d'un présent débarrassé de ce qui n'est pas essentiel au message. 
 

La série de portraits entreprise à l'automne 2017 inscrive la douleur, la souffrance, l'anxiété, la sidération qui minent notre temps, dans la longue tradition des primitifs italiens du Quattrocento et du Cinquecento, en passant par les expressionnistes allemands ou dans les traces des graffiteurs d'aujourd'hui. Ces œuvres sont des témoins de notre temps laissés aux générations qui viennent.

Enfin, les moyens qu'il s'est donnés pour créer lui donnent un niveau de productivité remarquable. L'espace de temps entre le moment où surgit l'émotion qui veut être traduite en une œuvre vivante et la réalisation de la toile ou de la sculpture est réduit au minimum. Le nombre de toiles qui à chaque fois surgit d'une même émotion est étonnant. L'artiste est prolifique et il mène de front un nombre impressionnant de projets.

Marceau tente de repousser les limites que la matière lui impose et en revanche les matériaux apportent leur contribution pour qu'au terme de cette affrontement, l'artiste puisse inscrire sa subjectivité dans une œuvre. Rien ne se perd...tout devient possible!                            P. Lemaire, Collectionneur

 

At the Heart of the Matter to Create Your Vision of the World

The strength of Stéphane Marceau's work is based on a complex and intimate relationship with matter. His mastery of the constituent elements of the materials he uses opens up perspectives and suggests solutions that significantly enrich his work.

His knowledge of chemistry and physics, his familiarity with the forces at work in the fusion of materials gives his work incomparable foundations to melt matter and inscribe it in the direction and meaning he wants to give to each canvas. The material changes its vocation to participate and collaborate in the work to be done.

 

Moreover, a part of the artist's work has involved the environment as a factor in creation. Paintings were created in the rain, darkness or cold and they inherited from these conditions a freedom and an impulse that lead to creation in directions that could not have been foreseen.

 

The work is then the result of a confrontation between matter and the artist who had to draw the energy necessary to materialize his idea. We cannot understand the themes, the subjects or Marceau's technique if we ignore the essential link between the artist's materials and the environment.

 

His work, a confrontation between the artist and the matter, has provided him with a unique stroke, and total control over the medium used, regardless of its nature. The resulting line obeys a rhythm which marks each of his canvases and constitutes the artist's signature.

 

The gesture almost always unfolds from a very wide spatula or any other equivalent object found at the reach of his hand. Each line adds a medium layer that integrates with the previous one, building a three-dimensional pictorial work from accumulation, rather than a canvas that reveals its theme from its width and height only.

 

His paintings have a width, height and, astonishingly, an observable physical depth that wouldn’t be obtained from perspective or with the use of light. A careful observer can discover the structure of the work through the successive layers that constitute it. This depth does not originate from an impasto thickening the medium used; it is that of a real three-dimensional object.

 

His work makes him an artist of his time. His understanding of the techniques of the masters of painting history is enriched by the new means made available to today's creators. The secrets of Egyptian art, Italian and Flemish primitives or modern artists are integrated into his art. Magnified by sophisticated products, they also interestingly allow for the use of information technologies.

 

There is no ambiguity in Marceau's work. It is by no means backward-looking. There's no trace of nostalgia fetishism in it either. Where his mastery of techniques from the past significantly broadens his means of expression, this protects him from any temptation to repeat what has already been done, unless it is out of irony or for fun.

 

The acquired mastery allows him to substantially nuance the discourse of his work and to approach all the subjects proposed to him or which his curiosity suggests like a professional who leaves nothing to chance. The creator’s freedom is rooted in the meticulous calculation of the craftsman who neglects nothing.

 

During summer 2017, all this experience was put to good use for a project commissioned by the directors of Maison du poète Louis-Fréchette, in Lévis. He approached the region historical themes he was offered to work with and gave them a treatment in order to make them resonate with our times.

 

The hanging of his pieces of work was a great artistic and educational success. Local visitors felt they had reclaimed a piece of their local history. Foreign visitors have discovered a territory that surprised them with its social and economic richness. Students from visiting classes received a history course entirely based on a contemporary art form.

 

Moreover, the artist's work questioning our times forces our reflection by distancing the subject from current events. The distance imposed on the viewer allows the work to speak to them of the present, but a present that is free from what is not essential to the message.

 

The series of portraits undertaken in fall 2017 outlines the pain, suffering, anxiety and astonishment undermining our times in the long tradition of the Italian primitives of Quattrocento and Cinquecento, from German expressionists to the traces of today's graffiti artists.

His work witnesses our times and is left to future generations.

 

To conclude, the ways he creates provides him with a remarkable level of productivity. Time is reduced to a minimum between the moment the emotion asking to be translated into a living work arises and the realization of the canvas or sculpture. The number of canvases produced each time from the same emotion is amazing. The artist is prolific and leads an impressive number of projects.

 

Marceau tries to push back the limits the matter forces on him, and the medium provides him with its contribution; at the end of this confrontation, the artist has marked his work with his subjectivity. Nothing is lost...and everything becomes possible!

                                                       

P. Lemaire, Collector